Evolution de l’incidence et de la mortalité des cancers en Lorraine

La place du cancer parmi les causes de mortalité

En Lorraine, avec 6 088 décès en 2005, les cancers représentent 29 % des décès : 34 % pour les hommes et 24 % pour les femmes. Le cancer occupe désormais la première place dans les causes de décès en Lorraine devant les maladies cardiovasculaires (5 896 décès). Cette évolution est essentiellement due à la diminution du nombre de décès par maladies cardiovasculaires alors que le nombre de décès par tumeurs reste stable. Les causes de décès par cancer les plus fréquentes sont, par ordre décroissant, en 2005 : le cancer du poumon, le cancer colo-rectal, les hémopathies (leucémies et lymphomes), le cancer du sein, le cancer de la prostate.

La Lorraine se caractérise par une surmortalité par cancer de 7 % par rapport à la moyenne nationale. Cette surmortalité est particulièrement élevée pour les cancers du poumon (25 %), de l’estomac (15 %) et du colon-rectum (9 %). En revanche la Lorraine affiche une sous-mortalité de 6 % pour les tumeurs de l’utérus. La Lorraine se situe ainsi au 5e rang des régions présentant une surmortalité par rapport à la France après le Nord-Pas de Calais, la Haute-Normandie, la Picardie et la Bretagne.

Incidence estimée en 2005

On retrouve cette position péjorative de la Lorraine quand on regarde les chiffres d’incidence estimée pour l’année 2005. Avec 12 830 nouveaux cas de cancer en 2005, la Lorraine se situe au 5e rang des régions classées par ordre d’incidence standardisée décroissante. La répartition des nouveaux cas et des décès par localisations est indiquée dans le tableau ci-dessous. Chez les hommes, le cancer de la prostate est le plus fréquent (32 % des nouveaux cas de cancer). Le cancer du poumon représente environ 15 % des cas, le cancer colorectal 11 %. Chez les femmes, le cancer du sein représente le tiers des cancers, le cancer colorectal 13 %, les cancers de l’utérus (corps et col) près de 8 %. Le cancer du poumon dont l’incidence est en augmentation chez la femme représente en 2005, un peu plus de 6 % des cancers.

Le nombre de nouveaux cas et de décès en 2005 par localisation est indiqué dans le tableau suivant.

Hommes Femmes
Nb cas Nb décès   Nb cas Nb décès
Prostate 2 393 329 Sein 1820 411
Poumon 1261 1061 Côlon-Rectum 704 286
Côlon-Rectum 840 357 Larynx-Poumon 358 277
VADS 407 138 Corps utérin 242  72
Vessie 344 148 Ovaire 192 123
Rein 229 73 LMNH 179 229
LMNH 216 216 Leucémies 142
Leucémies 142 Mélanome 137 25
Estomac 194 125 VADS 119 36
Mélanomes  121  21 Col utérin 115 72
Tous cancers  7 493 3 631 Tous cancers  5 337 2 458 

 

Evolution de l’incidence et de la mortalité depuis 1980

Au cours des 20 dernières années, l’incidence des cancers a augmenté de 83 %, passant de 7 019 nouveaux cas par an en 1980 à 12 830 en 2005. La prise en compte des modifications démographiques de la population au cours des 25 dernières années montre que 25 % de l’augmentation du nombre de cas est due à l’augmentation de la population et 20 % à son vieillissement. Un peu plus de la moitié des cas supplémentaires est due à l’augmentation du risque de cancer lui-même (52 % chez l’homme et 55 % chez la femme).

Chez les femmes, l‘augmentation est essentiellement due au cancer du sein (+ 2,4 % par an) qui atteint 1 820 nouveaux cas en 2005. L’incidence des cancers du poumon a fortement augmenté (+ 5,1 % par an), liée à la croissance importante du tabagisme chez les femmes. L’augmentation des cancers de la thyroïde (+ 6 % par an) est surtout liée à l’évolution des pratiques diagnostiques et à la modification de la classification de ces tumeurs (à ce jour, aucun élément ne permet de penser qu’il s’agit d’un effet de l’accident nucléaire de Tchernobyl). D’autres localisations sont en baisse, comme le cancer du col utérin (- 2,9 % par an), en relation avec l’amélioration de l’hygiène et la pratique du frottis cervico-utérin.

Chez les hommes, l’augmentation des nouveaux cas de cancers de la prostate (+ 6,3 % par an) explique à elle seule 70 % de l’augmentation des cancers durant cette période. Ceci est lié au vieillissement de la population et aux pratiques de dépistage. Notons que le bénéfice de l’extension du dosage de PSA (prostate specific antigen) en population générale, responsable de cette augmentation d’incidence, n’a pas été scientifiquement démontré. En revanche, les cancers des VADS et de l’œsophage deviennent moins fréquents en relation avec la baisse de l’alcoolisme en France ; il en est de même de leur mortalité.

Pour les deux sexes, on observe une forte augmentation d’incidence du mélanome (+ 4 % par an), liée aux pratiques d’exposition au soleil, avec toutefois un ralentissement de cette croissance après 2000. L’incidence des lymphomes malins non hodgkiniens (LMNH) a régulièrement augmenté depuis 1980 pour se stabiliser au cours des 5 dernières années.  De même les cancers colo-rectaux, qui étaient en augmentation jusqu’en 2000, n’augmentent plus ensuite. Enfin les cancers de l’estomac poursuivent leur baisse, en incidence et en mortalité.

La mortalité par cancer a augmenté de 25 %, passant de 4 860 décès en 1980 à 6 089 en 2000. Cette augmentation est inférieure à celle attendue du fait du vieillissement de la population, ce qui correspond à une diminution du risque de décès estimée à environ 22 %. Cette diminution s’explique par la baisse de l’incidence des cancers de l’estomac et des cancers des VADS pour l’homme et des cancers du col chez la femme. La baisse de la mortalité du cancer colo-rectal y contribue également.

Conclusion

Pour l’ensemble des cancers, les évolutions au cours des 25 dernières années de l’incidence et de la mortalité sont divergentes avec une augmentation de l’incidence et une baisse de la mortalité. Cette divergence s’explique en particulier par l’évolution croisée des cancers les plus agressifs dont l’incidence chute ces dernières années, comme par exemple le cancer de l’oesophage, de l’estomac et des voies aérodigestives supérieures, et des cancers de pronostic plus favorable, en augmentation, comme les cancers du sein et de la prostate.

Liens utiles

Estimation nationale de l’incidence et de la mortalité par cancer en France de 1980 à 2005 : document publié par l’InVS.

Estimations régionales de l’incidence et de la mortalité par cancer en France de 1980 à 2005 : document publié par l’InVS.

Projections de l’incidence et de la mortalité par cancer en France en 2010 : document publié par l’InVS.

L’Institut National du Cancer (INCa) publie régulièrement des rapports ou expertises en santé publique et en épidémiologie : voir la rubrique dédiée du site de l’INCa. Parmi les plus récents : « Survie attendue des patients atteints de cancers en France : état des lieux » publié en 2010 et « La situation du cancer en France en 2009« .

Registre national des tumeurs solides malignes de l’enfant (RNTSE)

ORSAS de Lorraine : Observatoire Régional de la Santé et des Affaires Sociales en Lorraine.

Ces informations ont été rassemblées et actualisées par le Dr B. Lacour, de l’Institut de Cancérologie de Lorraine – Alexis Vautrin (Vandoeuvre-lès-Nancy).

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